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ALARMES
ETC. de
Michael Frayn
 
MONSIEUR
BIDOCHON ET SON ALARME
Si
l'alarme a pour programme de nous protéger, elle est elle-même
une source d'insécurité et nous fait peur. Pourquoi ?
Parce que son programme déborde le strict cadre des besoins ou
désirs de ses utilisateurs. Le consommateur, livré à
un univers de contraintes qu'il ignore et auxquelles il n'était
pas préparé, n'est pas un roi
L'histoire est simple. M. et Mme Bidochon ont acheté une nouvelle
voiture. Il a passé la journée à la laver et la
bichonner. La nuit est déjà bien avancée lorsque
M. Bidochon, hélé par sa femme, se décide à
rentrer. Il enclenche le système d'alarme et se dirige vers la
maison. Mais voici que l'alarme se déclenche. La première
fois c'est pour une feuille, la seconde pour une plume, la troisième
pour un courant d'air et la quatrième pour rien. Une feuille,
une plume, un courant d'air, puis rien. Du moins rien en apparence,
rien qui explique cette quatrième sonnerie de l'alarme. Rien.
Difficile de trouver plus léger qu'un courant d'air, plus évanescent,
plus fin. Il ne se passe rien et, pourtant, ça sonne. (
)
Car enfin, que fait-elle, l'alarme ? Que fait-elle sinon faire ce qu'on
lui dit de faire, par ce que l'on a mis en elle de composants et d'opérations
qui doivent avoir tel effet à tel moment ? L'alarme ne sonne
pas pour son bon plaisir, mais parce que c'est son métier
de sonner, son programme, voilà le mot. Et d'ailleurs pourquoi
l'a-t-on achetée sinon pour qu'elle sonne ? (
) En l'occurrence,
qu'elle sonne quand il y a des voleurs ou des gens présumés
tels. Oui; qu'elle sonne à ce moment et pas à d'autres.
Voilà tout le problème. On veut bien qu'elle hurle pour
un voleur, pour un maraudeur, mais pas pour une plume, une feuille ou
un courant d'air. Parce qu'il n'est pas prévu qu'une feuille
ou une plume soient dangereuses, et qu'un courant d'air n'a rien à
voir avec un individu qui fait du vandalisme. (
)
Alors que veulent-ils tous ? Une alarme ? Oui. Mais une qui soit à
leur disposition, une alarme qui sonne quand il le faut et qui n'entraîne
pas toutes ces contraintes. Mais qu'est-ce " quand il le faut "
? Réponse : quand des voleurs se présentent. Et qu'est-ce
qu'un voleur ? Alors ça se complique. Pour les gens c'est relativement
facile, mais pour la machine ce n'est pas évident. Comment va-t-elle
distinguer un voleur d'un voisin par exemple ? Ou bien considérons
le désarroi de M. Bidochon : peut-elle distinguer un voleur d'un
courant d'air ? En réalité, ce n'est ni simple, ni évident
Véronique Le Goaziou
Extrait
de Monsieur Bidochon et son alarme in Technologies du quotidien, Éditions
Autrement, 1992.
Le
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Christelle Colleaux | christelle.colleaux@rideaudebruxelles.be
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