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ALARMES
ETC. de
Michael Frayn
 
Le
plaisir de déclencher la sonnette d'alarme
Monsieur
et madame Trucchose ont invité monsieur et madame Machinchose à dîner.
Et tout devrait se dérouler le mieux du monde sauf qu'un étrange bip-bip
vient les perturber. Est-ce la minuterie du four, le téléphone, le détecteur
de tabagie ? Ils cherchent l'origine du désagrément, croient à un moment
de l'enquête que le bip-bip s'est arrêté. Mais non Et nos amis de s'affairer
comme des guêpes sous un verre, de vider le tiroir des innombrables
modes d'emploi que les hôtes collectionnent au cas où. Et pour couronner
le tout, d'autres alarmes se déclenchent Bref, c'est la pagaille...
Après avoir demandé, à de multiples reprises, le "Silence
en coulisses" , le Londonien Michael Frayn nous a également entraînés
dans « Copenhague » (reprogrammé au Parc la saison prochaine).
Après avoir prêté sa plume pour de nombreux théâtres, des journaux,
le roman ou le cinéma, cet écrivain fait son entrée sur la scène du
Rideau de Bruxelles. « Alarmes, etc. » propose un étonnant portrait
de nos délires, de notre stress, de notre emprisonnement dans la sphère
des objets, de notre besoin d'être entourés de sécurité. Il maîtrise,
la réplique, la gradation du rire. Parce qu'en plus de ce dîner
interrompu par les alarmes, Michael Frayn nous entraîne, tels des passe-murailles,
dans deux chambres d'hôtel voisines. Que se racontent les couples entre
la salle de bain, le presse-pantalon et le lit ? Comment sont ceux d'à
côté, d'avant et d'après ? Les différents sketchs d'« Alarmes, etc.
» nous donnent également rendez-vous avec une hôtesse de l'air très
alléchante, nous entraînent dans une infernale chasse au répondeur téléphonique.
Et pour ceux qui seraient tombés en pâmoison devant les Machinchose
et Trucchose, sachez qu'on les retrouve plus tard dans la soirée...
Entre les mains d'Adrian Brine, metteur en scène fidèle du Rideau, ces
« Alarmes, etc. » déclenchent des fous rires. Irrésistiblement. D'abord
à cause de la pièce mais aussi grâce à son doigté pour donner aux tensions
et relâchements le rythme souhaité. Bernard Cogniaux compose une belle
mosaïque de maris courant entre les certitudes, les aéroports et les
hôtels où l'on rencontre des snobinards amateurs de fragrance framboisée.
A ses côtés, Marie-Paule Kumps campe une épouse tantôt soumise ou moqueuse.
Et face à eux, triomphe également le couple d'Olivier Thomas et de Valérie
Marchant, leur opposant des duos-miroirs ou rivaux. Tous les quatre
offrent un éventail hilarant, à peine excessif de nos angoisses, de
nos réflexes ridicules. Message à retenir éventuellement pour votre
répondeur mais surtout pour vous : mieux vaut en rire Un
seul souhait encore : qu'un maximum de gens le voient. Le chatouillis
des côtes et des zygomatiques, ça fait tellement de bien ·
Christelle
Prouvost / LE SOIR

Pourquoi
faire simple quand on peut faire compliqué ?
Adrian
Brine trouve le ton et le tempo de ces séquences de la vie moderne servies
par quatre comédiens au sommet de l'art du comique.
N'y
aurait-il pas un côté Tinguely dans la pièce de Michael Frayn ?
L'auteur anglais assemble en un joyeux mobile les rouages - grinçants !
- de la modernité. En quelques courtes scènes, il brosse un tableau
cocasse de personnages qui nous ressemblent comme des frères. Incrédules
et démunis comme nous le sommes face aux gadgets inventés pour libérer
un homme désormais totalement asservi aux sonneries intempestives, répondeurs
indiscrets et aux caprices de dessinateurs industriels qui dirait-on
s'ingénient à piéger leur prochain. Alarmes décrit posément,
avec une ironie compatissante, le cauchemar domestique du quidam aux
prises avec un tire-bouchon design, une chambre d'hôtel formatée et
les autres commodités d'une existence qui pourrait être si paisible
si d'aucuns n'avaient eu l'idée saugrenue de lui apporter des aménagements.
La
scénorgraphie de John Otto a les dimensions d'une case de bande dessinée
dans laquelle s'agitent deux couples ordinaires. Tout d'ailleurs est
ordinaire dans cette première scène, jusqu'au petit vin et au repas
qui s'annonce banal à pleurer. Il sera à hurler dès lors que se liguent
contre eux les éléments déchaînés de la technologie de pointe. Digne
de Satie, un concerto en forme de pauvre poire va déclencher des maelströms
de klaxon, minuterie, sonnerie, hurlement et chant de sirènes très peu
mythologiques celles-là. Ces hommes et ces femmes ne seront pas changés
en pourceaux mais en ânes bâtés, soumis à l'incompréhensible loi d'objets
incontrôlables. Bernard Cogniaux, Marie-Paule Kumps, Valérie Marchant
et Olivier Thomas nous régalent dans cette variation sur l'électroménager
à la Boris Vian qui combine l'absurde et la maladresse de l'oncle Podger
de Jerome K. Jerome aux tentatives d'échappatoires de Walter Mitty.
Codes
et consignes
La
deuxième séquence raille avec brio elle aussi ces excursions exotiques
dans des pays remodelés par l'urbanisme international qui, comme la
cuisine du même nom, hisse au pinacle l'absence de goût et de style.
Deux couples à l'identique bien qu'inversés occupent deux chambres voisines
dans un hôtel quelconque en tout point pareil à celui de la veille.
" De l'influence des normes immobilières sur le comportement
humain " pourrait être le sous-titre de ce savoureux moment
de disputes conjugales, d'intolérances réciproques et d'évitements symétriques.
Il y a du Labiche et du Voyage de Monsieur Perrichon dans ces
aventures incluant l'assurance, le pourboire au bagagiste et la vaccination
contre l'Autre, par nature imprévisible, puisque non codifié celui-là.
Donc suspect. Adrian Brine orchestre ce morceau de bravoure à quatre
mains avec la dextérité d'un maître de ballet doublé d'un acrobate de
haut vol. Les répliques fusent, les effets font mouche, servis par des
comédiens en pleine possession de l'art du comique, utile, salutaire
et éclairant. Le décor sonore de Raymond Delepierre ajoute beaucoup
à ces séquences cartoonesques du savoir-vivre. La fluidité suave des
musiques où tout n'est qu'enchaînement harmonieux souligne d'autant
plus l'invraisemblable imbroglio que ces personnages se prennent les
pieds. D'aucuns se reconnaîtront dans Rien à voir, ces dîners
ratés parce que personne n'y a mis du cour et qui d'un coup, au moment
du départ prennent enfin la tournure qu'ils auraient dû avoir. Mais
tous, à coup sûr, se retrouveront sans l'ombre d'une hésitation dans
Répondeur. Un chassé-croisé de conversations, messages, consignes
et remontrances par répondeur interposés. Le simple fait d'aller chercher
un ami à l'aéroport vire au calvaire, qui de station en station, d'errance
en rendez-vous manqué, sème les ferments de la haine sur ce chemin du
Golgotha. Quand ce qu'on avait si bien prévu emprunte les lois impénétrables
du Chaos, le simple mortel se sent des instincts de tueur. La soirée
au Rideau se termine en beauté avec ce numéro muet pour consignes inutiles,
exécuté par des hôtesses de l'air que plus personne ne regarde. Et heureusement
parce qu'on aurait de ces surprises.
Sophie
Creuz/L'Echo 3/05/01
Dans
ALARMES ETC. Michael Frayn revient à la comédie pure et dure. Adrian
Brine nous donne une vision très ligne claire des cinq sketches sur
ces machines qui nous " aident " à mieux vivre.
ANTHOLOGIE
DE L'HUMOUR ANGLAIS
La
dernière pièce de Michael Frayn au Rideau? Une anthologie en cinq sketches
de l'humour anglais, pour quatuor de comédiens à tout faire, c'est-à-dire
capables de tout
Le
premier tableau, "Alarmes", qui donne son titre à l'ensemble,
piège deux couples, en passe de dîner ensemble à la maison, dans un
concert d'alarmes, de minuteries, de répondeurs, d'avertisseurs sonores
et lumineux, de gadgets plus bêtement obstinés et agressifs les uns
que les autres. C'est du burlesque à l'état pur, un peu hystérique à
notre goût, mais la loi du genre exige sans doute qu'il en soit ainsi.
FÉROCITÉ ET DRÔLERIE
Après
un important changement de décor, le rideau s'ouvre sur les "Chambres
doubles", soit une coupe sagittale qui nous révèle deux chambres
d'hôtels, l'une étant l'image en miroir de l'autre. Les couples qui
y pénètrent se ressemblent autant que le décor qui les accueille, même
s'ils sont intimement convaincus du contraire. C'est la partie la plus
réussie de la soirée, saturée de fines observations du comportement
humain. On pense immanquablement à Labiche et à Feydeau, à Shaw et à
Wilde, pour la férocité et la drôlerie.
Après
l'entracte, retrouvailles avec les couples du début, pris cette fois
en fin d'agapes. Dans le feu de la conversation, l'hôte s'est endormi,
la tête au creux du coude posé sur la table, tandis que son épouse tente
en vain de se débarrasser de ses invités. Dans le même registre, "Cuisine
et dépendances" d'Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri est infiniment
plus prenant: il manque un peu de chair aux caricatures de "Rien
à voir" pour leur faire prendre vie.
On
enchaîne avec un brillant numéro sur les répondeurs automatiques qui
utilise à fond les ressources de la régie technique, visiblement écrit
avant l'arrivée des téléphones portables. Reste un inénarrable dialogue
de sourds par messages interposés. Le "Répondeur" imperturbable
chorégraphie le ballet angoissé et désopilant, à travers Paris, d'un
jeune Allemand qui attend qu'on vienne le chercher à l'aéroport, d'une
maman égarée dans un bistrot de loubards, d'un mari au bord de l'apoplexie
et de son épouse qui a le chic pour n'être présente qu'entre deux appels.
POLITESSE DE L'ABSURDE
L'affaire
se clôt avec "Sur le départ", une brève et délirante évocation,
à la Mr
Bean,
des routines de sécurité à bord d'un avion en instance de décollage.
Dans cette prestation d'humour strictement visuel, Bernard Cogniaux
se montre admirable d'expressivité et de drôlerie. A l'instar des trois
autres acteurs de la distribution, ses compositions dans "ALARMES
etc." sont autant physiques que mentales.
Valérie
Marchant révèle une facette comique inattendue en épouse désabusée.
Marie-Paule Kumps se montre égale à elle-même dans la précision et la
clarté. Quant à Olivier Thomas, il est tout simplement craquant dans
tout ce qu'il entreprend. On n'a pas oublié son perroquet dans "Voyages
avec ma tante"; gageons qu'on se souviendra de la même manière
de son mari boute-en-train et de son visiteur allemand en perdition.
Un
mot pour les décors et costumes de John Otto: grandes surfaces blanches
et couleurs acidulées, contours géométriques et minimalisme aidant,
ils plongent le spectacle dans une ambiance BD très ligne claire. Au-delà
de l'inévitable défaut des soirées à sketches le sentiment de n'avoir
en définitive qu'une succession d'ébauches passablement décousues, "ALARMES
etc." suscite le rire vrai, celui qu'Adrian Brine cultive en artiste
sur la scène et dans la vie, comme une souriante politesse de l'absurde.
Philip
Tirard / La Libre Belgique 27/04/01
ATTENTION, FRAYN !
Les
personnages affolés caricaturés par la pièce Alarmes, etc. nous
ressemblent furieusement. Hilarant et inquiétant.
Mais
qu'est-ce qui fait courir Michael Frayn ? Cet auteur hors du commun,
à la fois satiriste et moraliste, touche à tous les genres littéraires
avec talent. Traducteur, notamment de plusieurs pièces de Tchekhov et
de Tolstoï, journaliste (ses chroniques ont fait l'objet de recueils
édités en Grande-Bretagne), il est l'auteur de neuf romans, dont le
dernier, Tête baissée, s'arrache dans les librairies. L'écrivain
londonien est également philosophe, scénariste pour la télévision et
le cinéma (on se souvient du film Clockwise, avec John Cleese)
et enfin, et surtout, dramaturge. Sa pièce Copenhague a séduit
le public du théâtre Jean Vilar, la saison dernière. Difficile de passer
à côté de cet homme de lettres, érudit et drôle, dont la pièce Alarmes,
etc., actuellement à l'affiche du Rideau de Bruxelles, connaît un
succès tel que des représentations supplémentaires ont déjà été programmées.
Il
faut reconnaître que ce chef-d'ouvre d'humour grinçant, très finement
mis en scène par Adrian Brine et interprété par un double mixte de choix
(Bernard Cogniaux, Marie-Paule Kumps, Valérie Marchant, Olivier Thomas),
a tout pour plaire. Michael Frayn y caricature (à peine) les travers
de l'homme moderne, asservi aux gadgets électroniques, aussi inutiles
que peu fiables, dont l'inonde la société de consommation. L'observation
est si juste qu'elle déclenche d'indomptables fous rires chez nombre
de spectateurs qui se sont évidemment reconnus dans le pastiche.
Mais,
derrière le rire, il y a le regard aiguisé, sans concession, de Frayn,
pour qui les gens finissent par se comporter comme des machines et par
se ressembler. On ne communique plus que par GSM, répondeur ou e-mails.
Nous
sommes à l'ère du conformisme, de la pensée - mais aussi de la manière
de vivre - unique. Le constat est cinglant, effrayant. C'est un signal
d'alarme ! Inutile ? Voire. A la sortie du spectacle, d'aucuns
ont hésité quelques secondes avant de rallumer leur téléphone portable.
Thierry
Denoël / Le Vif / L'Express 11/05/01
Le
service presse
| Tél. 32 (0)2.507.83.67
Catherine Briard | catherine.briard@rideaudebruxelles.be
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