|
MON
LIT EN ZINC de
David Hare
 
Création.
Après " Skylight ", le metteur en scène Adrian
Brine et l'auteur David Hare confirment leur duo d'enfer, au Rideau
de Bruxelles
LES SAISISSANTS
REBONDS DE " MON LIT EN ZINC "
Un trio de comédiens parfaits, une pièce
drôle et dégrisée, une mise en scène sans
concession : au Rideau de Bruxelles, le " Lit en zinc " de
David Hare est le nid d'un jeu très piquant.
Ce week-end, Adrian Brine était incontestablement le roi du Palais
des Beaux-Arts de Bruxelles. Alors que sa mise en scène des "
Trois versions de la vie ", signées Yasmina Reza, enchantait
la salle M, " Mon lit en zinc ", de David Hare, percutait
le studio du Rideau de Bruxelles. On connaissait la finesse du premier
spectacle, dévoilé à Namur en novembre dernier.
On a découvert la puissance du second : Adrian Brine y confirme
la fermeté de sa direction d'acteurs, tandis que l'écriture
de David Hare ne nous laisse aucun répit, pendant plus de deux
heures. Sacrée soirée.
" Mon lit en zinc " n'est pas un spectacle confortable, que
l'on regarde comme on se couche. Féru de sujets d'actualité
(on le lira ci-contre), David Hare importe en scène des thèmes
inhabituels, qui ailleurs donneraient un débat, mais font ici
une pièce : l'alcoolisme, le communisme, les idéologies,
les dépendances. Le chic de l'auteur anglais sera de tresser
ces sujets en un drame dont on attend impatiemment le dénouement.
Sous ses allures analytiques, " Mon lit en zinc " est d'abord
un suspense auquel il est difficile de résister.
Pour nous le narrer, le metteur en scène Adrian Brine choisit
l'ombre et la lumière, les demi-teintes et le rythme effréné.
Mais il s'éloigne absolument du réalisme des romans policiers.
Avec le scénographe John Otto, il résume tous les lieux
en trois panneaux coulissants, aptes à créer, d'un simple
glissement, une terrasse ensoleillée, un bureau en fin de journée
ou un appartement à le nuit tombée. Ce choix de l'outil
minimal, visant l'effet maximal, sera aussi du trio infernal qui habite
" Mon lit en fer ". Trois êtres résumeront tout
un monde, pour former un triangle humain dont on n'a pas fini de parler.
D'emblée, dans un face à face sans décor ou presque
(une chaise), on découvre Paul et Victor. Le journaliste et l'homme
d'affaires. Deux costards, face à face. Sous l'étoffe,
des héros ? Pas vraiment : Paul est journaliste mais rêve
d'être poète. Il est paralysé par son alcoolisme.
Victor a réussi dans la vie, grâce à son entreprise
liée au Net, et il assume plutôt bien ses rêves d'ancien
communiste : Le monde a changé plus vite que moi, dira-t-il.
Il a suivi le mouvement, sans avouer toutes les questions qu'il se pose...
Conquérant, il engage le poète et le confronte à
sa jeune femme, que Victor a ramassée dans un bar, il y a 15
ans. S'ensuivra un sulfureux été, quatre mois durant lesquels
chacun dévoilera son vrai visage.
Ces visages sont saisissants à voir, parce qu'ils nous ressemblent.
Chacun rêve de vivre pleinement, mais se plie aux convenances
et aux dépendances...
Pas de morale ici. Juste un aiguillon qui fait rire et frémir.
Un texte affûté et futé, livré à un
rythme serré par trois acteurs en phase. A la fois solaire et
bougon, Christian Crahay est un Victor fascinant, dont la carapace trahit
la fragilité intérieure. Tout en nuances, Bernard Sens
est un Paul qui agit à l'inverse : il n'est que failles et émotions,
malgré la volonté du personnage de ne plus jamais rien
trahir. Entre les deux, l'Elsa d'Isabelle Paternotte est un être
brûlant, une sorte de séduisant mystère que l'on
cherche à percer. Mais gare à la brûlure des ces
trois âmes-là.
Laurent Ancion/Le Soir 23/04/02
© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2002

David Hare, veilleur de nos nuits
Pour l'auteur britannique David Hare, le Rideau de Bruxelles est presque
une résidence secondaire. Plusieurs de ses pièces y ont
été créées ces dernières années,
souvent en première francophone. On se souviendra notamment du
cinglant " Skylight ", dirigé par Adrian Brine : c'était
en 1997, et David Hare avait assisté à cette réussite.
Vendredi, il était de retour à Bruxelles, tout sourire,
pour la première de " Mon lit en zinc ". Il ne regrettait
pas l'escale.
Il y a une tradition
au Rideau de Bruxelles, qui a monté trois ou quatre de mes pièces,
calcule-t-il. Je viens en confiance, sinon je ne viendrais pas ! C'est
toujours un problème pour un auteur dramatique de se déplacer
quand il sait que le spectacle ne sera pas bon. Ici, je connais Adrian
Brine, je connais Christian Crahay. Je sais que le résultat sera
à la hauteur. Il est comme ça, David Hare : franc et sans
ambages. De la même façon, son théâtre juge
inutile de nous cacher la vérité.
Le théâtre,
estimait-il un jour, me semble être l'unique forum au sein duquel
une société peut discuter d'elle-même, d'une manière
infiniment plus profonde que le journalisme et plus publique que le
roman ou la poésie. David Hare ne veut pas galvauder sa chance.
Mon but est de capter l'humeur du temps, nous avouait-il vendredi dans
un anglais fruité.
" Mon lit en
zinc " a été créé au Royal Court Theatre,
à Londres. C'est un lieu qui a toujours cherché à
porter les saveurs de son temps, précise-t-il.
J'espère que dans 30 ans, on pourra relire ma pièce
comme le témoignage d'une époque. J'estime
que c'est un des enjeux merveilleux du théâtre.
David Hare semble
entretenir un rapport instantané à la scène. Mais
il en est aussi historien. Né en 1947 dans le Sussex, il a d'abord
uvré comme conseiller dramaturgique, avant de se lancer
dans l'écriture en 1970 avec " Slag ", première
pièce primée. En trois décennies, un flot de drames
et quelques films pour la télévision et le cinéma,
David Hare est devenu l'un des auteurs britanniques les plus importants.
Sa méthode reste l'observation. Hare refuse les réflexes
d'auteur : il veut surprendre le public par la vérité
toute nue.
L'alcoolisme, aux
Etats-Unis et en Angleterre, est un sujet très important. Mais
" Mon lit en zinc " n'est pas une pièce sur l'alcoolisme,
pas plus que ce n'est une attaque contre les Alcooliques Anonymes. C'est
une métaphore qui tente de voir si les gens se sentent ou non
en contrôle d'eux-mêmes. Quelles sont nos dépendances
? Un alcoolique qui va aux AA est-il dépendant du " cercle
de chaises " ? On ne peut pas dire aux gens d'arrêter de
vivre pour se couper d'une dépendance. En venant à Bruxelles,
j'avais surtout envie de voir si ce sujet était important pour
les Belges. Le débat vient juste de commencer.·
Laurent
Ancion / Le Soir 23/04/02
© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2002
La
dernière pièce de l'Anglais David Hare traite des assuétudes,
avec humanité et nuance. Création au Rideau de Bruxelles,
dans une mise en scène d'Adrian Brine et l'interprétation
de trois comédiens habités par leur rôle.
VIVRE BIEN
? VIVRE SURTOUT !
A 55 ans, David
Hare est une des figures de proue du théâtre anglais d'aujourd'hui.
Après avoir fondé sa propre compagnie à la fin
des années 60, il devient conseiller littéraire du Royal
Court, signe de nombreux scénarios pour le cinéma et la
télévision, fonde encore le Joint Stock Theatre.
Dans les années
80, il devient directeur associé du National Theatre, pour lequel
il écrira notamment, au début des années 90, une
trilogie composant une vaste fresque dénonciatrice sur la société
anglaise issue du thatchérisme. Ecrivain et metteur en scène,
il a réalisé lui-même six films, dont "Wetherby"
qui lui a valu l'Ours d'or à Berlin en 1985.
Depuis le milieu
de la décennie écoulée, David Hare s'est tourné
vers un théâtre plus intime. Sans renoncer au réalisme
soigneux qui le caractérise, il porte désormais son regard
critique sur la réalité sociale à travers les relations
interpersonnelles entre des personnages aux contours bien dessinés.
Le Rideau suit avec
fidélité l'évolution de cette dernière veine
de l'auteur de "Pravda". Après "Skylignt",
"Les Cahiers de Amy Thomas" et "La Chambre bleue",
on peut maintenant découvrir au Studio du Palais des Beaux-Arts
"Mon lit en zinc", dans une mise en scène d'Adrian
Brine.
Le "lit
en zinc" du titre, c'est celui qu'on occupe à la morgue
quand le dernier souffle nous a quittés. Et c'est bien face à
cette échéance inéluctable que David Hare place
son propos sur l'amitié, l'amour et... l'alcoolisme.
L'amitié,
c'est celle qui naît entre un homme d'affaires à succès
(Christian Crahay) et un poète égaré dans le journalisme
(Bernard Sens), à la faveur d'une interview problématique.
L'amour c'est d'abord celui qui lie le quinquagénaire à
sa jolie épouse plus jeune que lui (Isabelle Paternotte), puis
l'orage passionné que cette dernière déclenche
dans le coeur du nouvel ami de son mari.
Dans ce récit
dont Bernard Sens est également le narrateur - fonction qui colle
décidément à son parcours d'acteur -, le trio entretient
des rapports assidus avec l'alcool, substance qui semble faire des ravages
plus spectaculaires dans le monde anglo-saxon contemporain que chez
nous.
De manière
provocante, l'auteur fustige la méthode des AA (Alcooliques anonymes).
Induisant une assuétude à sa dynamique de groupe, ses
mots d'ordre ne seraient en définitive qu'une école du
renoncement à la vie même : éviter les situations
de stress, fuir la convivialité et les complications sentimentales,
etc.
La réussite
de cette pièce efficacement traduite par Jean-Michel Déprats
tient dans l'élargissement du propos à la dimension d'une
société qui médicalise tout et virtualise le sujet
humain en traduisant ses élans en termes de dépendance
coupable. Comme si l'utopie d'absolue autonomie - avec son implacable
corrolaire de solitude - avait désormais supplanté, au
niveau individuel, les anciens idéaux de sagesse ou de bonheur.
S'il n'évite
pas un léger penchant au didactisme psychologique, le spectacle
"passe" bien grâce à la pertinence des trois
comédiens. Ils se montrent également brillants dans le
rendu des subtilités de l'écriture aiguisée et
elliptique de cet écrivain de théâtre chevronné.
Soutenue par un
élégant décor abstrait et orthogonal de John Otto,
la mise en scène de Brine en épouse le rythme et les intentions
avec une aisance et une discrétion qui masquent gracieusement
sa virtuosité.
Philip
Tirard / La Libre Belgique 23/04/02

TOUT PLUTÔT QUE RIEN
La mise en scène
d'Adrian Brine éclaire intelligemment cette pièce sur
la tentation de rester dans la norme.
Après s'être
attaqué à l'Eglise, à la justice et au Parti socialiste,
David Hare s'en prend moins aux institutions qu'à ses semblables,
prompts à se laisser bercer par ce qui se donne pour raisonnable.
Certes Mon lit en zinc est une pièce politique, comme tout ce
qu'aborde cet auteur anglais de gauche qui a sans doute appris à
ne plus déléguer quoi que ce soit à qui que ce
soit, si ce n'est aux spectateurs. A eux de trouver l'énigme,
de tirer les conclusions, de se reconnaître ou non dans Victor,
Paul et Elsa. Mon lit en zinc est un thriller philosophique, le public
enthousiaste de la première était d'ailleurs vissé
à son fauteuil.
Le metteur en scène
Adrian Brine excelle au jeu consistant à ne pas couper l'herbe
sous le pied, à faire circuler le ballon selon des règles
tacites tout en maintenant le jeu très serré. Christian
Crahay, Bernard Sens et Isabelle Paternotte jouent en catégorie
A. Et mouillent leur maillot.
Déstabilisante,
ainsi pourrait-on qualifier la dernière pièce de l'auteur
de Skylight, car telle est bien son intention : réveiller les
assistés en tous genres que nous sommes qu'on biberonne et caresse
dans le sens du poil. Et endort. "Le marché est avisé
et créatif", sans doute ? Qu'en est-il de vous, semble-t-il
nous dire à travers Victor (Christian Crahay), un ancien communiste
devenu le Bill Gates anglais, à la fois satisfait et déçu
de lui-même. Arrivé au sommet, que lui reste-t-il à
combattre, à prouver et à faire si ce n'est redescendre
à moins de faire entrer le loup dans la bergerie, un poète
dans son univers de chiffres ? Il engage Paul (Bernard Sens), poète
confidentiel mais de talent qui passe plus de temps à essayer
de s'éviter qu'à se trouver. "Nous avons perdu notre
capacité à voir le monde tel qu'il est, nous avons besoin
de poète !" clame l'homme d'affaires à celui qui
se demande s'il se fiche de lui. Nous avons besoin de fiction en effet
pour porter le débat jusqu'au cur de nos sens. Qui croire,
qui suivre, qui aimer ? Victor, Paul, Elsa ? Aucun n'est totalement
séduisant, tous sont révélateurs de notre besoin
infantile d'accrocher notre wagonnet aux jupes de maman, du Pape ou
de ses saints, à la suite de n'importe quel slogan accrocheur
ou populiste. Il suffit de regarder ce qui s'est passé en France
dimanche
La scénographie
de John Otto ne permet pas plus au regard de s'égarer sur un
support réaliste réconfortant. Rien là non plus
d'anecdotique. Judicieusement, des panneaux noirs ou blancs coulissent,
laissent deviner un arrière-plan en transparence en nous faisant
bien comprendre que les choses ne se passent pas là-bas, mais
ici.
La vie a un prix
Victor engage donc
Paul qu'il sait alcoolique et en voie de désintoxication mais
ce sauvetage n'en est pas un, ou alors pour lequel des deux ? Sous prétexte
de le mettre à l'aise, il le malmène, lui offre un fauteuil,
une place, un verre et qui sait peut-être aussi sa femme Elsa.
Est-il le Diable ou un Bon Samaritain ? De part et d'autre de Christian
Crahay, deux Milou indiquent deux voies et un seul choix possible, celui
que Paul décidera de prendre
Chaque mot de la pièce
de David Hare est à double sens et les comédiens remarquables,
Christian Crahay en tête, les jouent avec un naturel qui jamais
ne les évente. On passe par tous les registres, de l'effroi à
l'humour, du sensuel au ludique, du psychologique au politique. Bernard
Sens est comme un rat pris au piège d'un parcours de Pavlov,
prêt à endosser une personnalité plus reposante
que la sienne, sans colère ni émotion, pour se prémunir
de tout. Elsa, la femme de Victor, connaît cette tentation, elle
vit sur le fil de cette existence empruntée, qui fut pour elle
une plage de salut doublée d'un amour mais aussi d'une dette.
Victor l'a sauvée d'elle-même et à sa manière,
carrée, il va lui rendre, ainsi qu'à Paul, amour-propre
et liberté de devenir ce qu'ils sont; de mesurer leurs forces
sans assurance tous risques. La vie a un prix que nous sommes seuls
à pouvoir assumer. C'est une des interprétations possibles
de cette pièce qui, comme dans ces illusions d'optique, s'ouvre
à l'infini sur d'autres questionnements. David Hare a le talent
de ne pas penser dans le vide, sa pièce est des plus concrètes,
et de ce point de vue totalement anglaise, ancrée dans un particulier
qui permet l'universel. Le public du Rideau avait déjà
pu voir de lui Skylight et Les cahiers de Amy Thomas.
Saluons encore la
mise en scène d'Adrian Brine qui rend chaque note avec netteté
et résonance, avec une fluidité doublée d'une fermeté
et d'une finesse extraordinaires. Les trois comédiens sont magnifiques
de sobriété - pourtant qu'est-ce qu'ils boivent ! - de
richesse intérieure, d'ambivalence et de puissance maîtrisée.
Manifestement ils se sont raconté une histoire à propros
de leur personnage sans avoir besoin de nous la révéler;
les défaites, les victoires, les souffrances, les chimères
de Victor, Paul et Elsa ne parasitent jamais notre propre lecture de
la pièce. C'est du grand art, et c'est parfaitement servir le
dessein de la pièce qui est de nous libérer de "cette
propension qu'ont des Anglais pour les clubs" et autres ligues
qui "promotionnent leur propre cause", contre cotisation et
assiduité - ou faudrait-il dire assuétude ? Victor, Paul
et Elsa aussi sont dépendants l'un de l'autre.
"Il est beaucoup plus difficile de quitter les Alcooliques Anonymes
que de cesser de boire", dit un des personnages. Plus difficile
de s'affranchir que de se sevrer ? Méditez donc là-dessus
Sophie
Creuz / L'Echo 25/04/02
Questions de dépendances
Dense, éblouissant,
signé par Adrian Brine, Mon lit en zinc, de David Hare, tient
en haleine le Rideau de Bruxelles.
Le Rideau garde
toujours l'il sur l'offre de la scène anglaise et s'empare
de ses créations en français : un théâtre
efficace, qui a de l'esprit, à défaut d'insurrection.
Le début de Mon lit en zinc, de David Hare (l'auteur de Skylight,
La Chambre bleue, Pravda), conforte ce tempérament. Après
deux heures, nos neurones sont encore en effervescence, plongés
comme dans un thriller, attachés aux silhouettes, aux émotions
d'un trio de comédiens parfaits, avec la sensation diffuse de
nos propres errances.
Le premier degré
confronte un journaliste-poète fauché qui tente de maîtriser
son alcoolisme et un patron d'entreprise conquérant, nourri d'un
ancien idéal communiste. Le second tend la perche de l'emploi
et de l'amitié au premier, il lui ouvre l'intimité de
son foyer, de sa jeune femme au passé entre drogue et alcool.
Triangle classique
? Les ors et les certitudes s'effritent. Que de fragilités, de
rêves enfouis et de questions redoutables sous les armures que
la vie leur a construites ! David Hare n'élucide pas tous les
mystères qui relient ces trois êtres; il ne les juge pas,
il les plonge dans leurs contradictions, dans les enjeux politiques,
économiques du temps présent. Et, de l'alcoolisme (et
de son cercle des AA) qui trame le sous-sol de l'histoire, il fait la
métaphore de toutes nos dépendances, de nos volontés
et velléités, incertaines, insatisfaites, jusqu'au zinc
de la dernière couche.
Dans l'abstraction
simple mais subtile du décor (John Otto), ce texte fait mouche,
truffé de sourires, de frissons et de paradoxes, investi par
une magistrale direction d'acteur signée Adrian Brine : Christian
Crahay, charismatique colosse aux pieds d'argile, Bernard Sens, si vulnérable,
terriblement juste, et Isabelle Paternotte, énigmatique d'un
bout à l'autre
Michèle
Friche / Le Vif/L'Express 10/05/02
Et vous ? Aussi accro ?
A
chacun sa drogue. Tous, nous sommes tous "accro" de quelque
chose.
Dépendance
vis-à-vis de l'alcool, de la cigarette mais aussi dépendance
affective, du boulot, de la télévision, du groupe d'amis,
du regard des autres
Après" Skylight", Adrian Brine met une nouvelle fois
en scène un texte subtil de l'anglais David Hare, "Mon lit
en zinc" au Rideau de Bruxelles.
Paul Peplow (Bernard Sens), poète et journaliste fauché
interviewe Victor Quinn (Christian Crahay), ancien communiste reconverti
dans l'industrie du Net. Mais l'intervieweur se retrouve lui-même
sur la sellette. Le "cyber-monarque" réputé
pour son arrogance témoigne au poète une admiration sincère.
Victor s'intéresse aussi aux tentatives de Paul pour venir à
bout de l'alcool qui le mine à petit feu. Elsa l'énigmatique
épouse de Victor entre dans cette danse infernale et les pistes
se brouillent
"L'alcool n'est qu'un prétexte pour élargir la réflexion",
confie Bernard Sens, le Paul attachant de "Mon lit en zinc".
La substance n'est que le sommet de l'iceberg d'une dépendance
beaucoup plus large. Même si cette pièce n'aborde jamais
la politique politicienne, ce texte magnifique porte des problèmes
actuels sur le plateau comme on le faisait sur la place publique en
Grèce. Elle nous renvoie notamment à l'actualité
récente où les politiques ne sont plus ni à gauche,
ni à droite".
Evitant le piège des grandes formules alambiquées, l'auteur
nous met en garde contre la tentation de se conformer au groupe, de
se plier aveuglément aux règles. Paul se retrouve piégé
dans son cercle d'alcooliques anonymes, terrifié par la moindre
entorse à la "loi".
Miroir de sa propre souffrance, elle renvoie à l'absurdité
de toutes ces contraintes : "vous n'êtes pas accro à
l'alcool mais à la culpabilité". Au fil de ce huis-clos
habilement mis en scène, les masques tombent, les carapaces se
fissurent. Bernard Sens, Paul torturé, rongé par le manque
de confiance en soi, Christian Crahay, Victor lucide et désespéré
et Isabelle Paternotte, la troublante Elsa donnent à leur personnage
une tessiture humaine bouleversante.
A force d'ingurgiter du théâtre, on peine parfois à
trouver l'étincelle qui fait se démarquer une pièce
d'une autre. "Mon lit en zinc" touche à la grâce
à trouver un écho en chacun de nous.
Katel
Freson / La Capitale 13/05/02
Le
service presse
| Tél. 32 (0)2.507.83.67
Catherine Briard | catherine.briard@rideaudebruxelles.be
|