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LE
LIVROPATHE de
Thierry Debroux  
Certains esprits qui aiment le mystère veulent croire que les
objets conservent quelque chose des yeux qui les regardèrent,
que les monuments et les tableaux ne nous apparaissent
que sous le voile sensible que leur ont tissé l'amour et la contemplation
de tant d'admirateurs, pendant des siècles.
Marcel
Proust "Le temps retrouvé"
Le
Rideau Quelle est l'origine
de l'écriture du " Livropathe " ?
Thierry Debroux Il y a d'abord cette sensation
olfactive liée à un souvenir d'enfant. Mon père,
ouvrier la semaine, collectionneur les jours de repos, m'emmenait faire
un tour chez les bouquinistes de la capitale. Je passais des heures
parmi toutes ces odeurs de livres d'occasion et j'aimais ça.
Le " père ", figure présente à chaque
page, le " père ", si maladroit dans ses élans
de tendresse mais qu'à travers les odeurs de livres, je pouvais
rejoindre et comprendre. Nous avions un terrain de chasse commun. Je
collectionnais les " Bob Morane ", lui, tout ce qui
avait un rapport proche ou lointain avec les étoiles, la vie
dans l'univers, les grandes énigmes.
Une diseuse de bonne aventure lui avait prédit
qu'il deviendrait marin et qu'il mourrait en mer. Il devint peintre
en bâtiments et mourut d'une crise cardiaque à quelques
centaines de mètres de cette gare peinte par Paul Delvaux, qui
fut notre voisin pendant des années. J'avais vingt-deux ans.
Nous avions souvent discuté de la mort. En riant, mon père
me disait que le jour où celle-ci viendrait, il essayerait de
me faire un signe, avant de rejoindre ses " étoiles ".
" Je viendrai te tirer par les pieds " disait-il. Le
lendemain du malheureux jour où il s'écroula, je pris
une grande feuille blanche que je découpai en une centaine de
petits papiers. Sur chaque morceau, j'écrivis " non "
et sur un seul de ces petits bouts de papier, j'écrivis "
oui ". Je chiffonnai tous ces petits morceaux et les disposai
devant moi. Très solennellement et en même temps fragile
comme on peut l'être les jours de deuil, je me surpris à
dire : " Papa, si tu veux me faire un signe, c'est le moment
; fais-moi choisir le oui ". Pour rendre la chose plus sérieuse,
je posai mon front sur le tas de morceaux de papier. Je me concentrai
quelques instants puis je relevai la tête. À ce moment-là,
je m'aperçus qu'un de ces morceaux était resté
collé à mon front. Le morceau tomba brusquement devant
moi. Je le dépliai, fébrilement, et je lus le petit mot
que j'attendais tant : " OUI " !
Jamais je ne pris cela pour une preuve de quoi
que ce soit mais plutôt comme un clin d'il entre deux amateurs
de littérature fantastique. " Le Livropathe "
en est un prolongement.
Il y a aussi bien sûr, et toujours sous la
forme d'un clin d'il, une allusion à la Genèse ;
le livre comme fruit interdit de la connaissance, le livre comme éveil
à la conscience et donc à la douleur de se découvrir
mortel. Pour se distraire de l'idée insupportable de sa finitude,
l'homme invente la mythologie. Le principe de l'objet ou du lieu défendu
est un grand classique des récits initiatiques (Barbe-Bleue par
exemple). L'interdit crée une tension dramatique teintée
de mystère propice à l'excitation des influx nerveux qui
gouvernent notre imaginaire.

©
Daniel Locus
Le Rideau " Les livres
sont comme les vins. Une profonde inspiration suffit souvent pour qu'ils
vous livrent une partie de leurs secrets ". Quel rapport entretenez-vous
avec " le livre " ?
Thierry Debroux Y a-t-il un rapport intime
entre le contenu d'un livre et le fumet qui s'en dégage ? Non
! répondront ceux qui craignent ces espaces flous où règne
l'imaginaire. Oui bien sûr ! clameront les autres et je suis de
ceux-là. J'entretiens avec les livres un rapport sensuel. Je
les touche, je les renifle, je les apprivoise. Chaque livre est une
porte qui donne accès à un univers parallèle. Une
bibliothèque est pareille à une nuit étoilée
en pleine campagne. Les livres, groupés par constellations, nous
guident dans les ténèbres de nos angoisses. Ils sont comme
d'indispensables repères sur cette route qui nous mène
au grand mystère de la Mort.
Le Rideau Pensez-vous que le livre soit
amené à disparaître ?
Thierry Debroux Je ne pense pas que le livre
disparaîtra. Même s'il doit livrer un combat de chaque instant
contre la divinité Image qui s'est taillée une place de
choix dans notre monde, il constitue un rempart contre la tentation
de la pensée unique et en cela, il demeurera aussi précieux
que l'air que nous respirons.
Le Rideau " Le Livropathe " est
votre dernière pièce. Son univers est-il différent
de vos autres pièces ?
Thierry Debroux Le genre fantastique traverse
l'ensemble de mes pièces mais jamais sans doute je n'y avais
fait autant référence que dans " Le Livropathe
". Je crois à l'existence de mondes parallèles.
Ces mondes ne sont pas tout à fait imperméables. Les phénomènes
que nous appelons "coïncidences" par exemple constituent
d'infimes brèches entre ces mondes. Lorsque nous frissonnons
c'est que, sans le savoir, nous venons de frôler l'un de ces mondes.
Le Rideau " Le Livropathe " est une pièce
qui traite remarquablement de la question de la transmission. Quelle
importance revêt cette question à vos yeux ?
Thierry Debroux Je crois beaucoup
à la relation du maître et de l'apprenti. Un auteur français,
Michel Vinaver, m'a fait découvrir que le geste d'écrire
existait en moi. Chaque homme est une pierre. Bien taillée, elle
lui révèlera le diamant qui est en lui. Chaque homme possède
sa pierre précieuse mais, hélas, trop d'êtres humains
se contentent encore de leur pierre brute dont ils se servent comme
d'une arme pour imposer leur vision du monde. Le maître n'est
pas celui qui dit "Apprends ce que je sais" mais "Voici
les outils qui te permettront d'apprendre". Les livres sont
de merveilleux outils. Ils n'ont empêché ni les camps de
concentration, ni Hiroshima mais ils demeurent, avec l'amour, les seules
armes dont nous disposons pour éloigner la "bête".
Propos recueillis
par Muriel Lejuste, avril 2003
Ô Mort, vieux capitaine,
il est temps ! levons l'ancre !
Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons !
Si le ciel et la mer sont noirs comme de l'encre,
Nos curs que tu connais sont remplis de rayons !
Verse-nous ton poison pour qu'il
nous réconforte !
Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,
Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe ?
Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau !
Baudelaire,
Les Fleurs du mal, Le Livre de Poche, 1972

©
Daniel Locus
THÉO
(
)
Et Baudelaire, Baudelaire?
Vous pensez sans doute que ses Fleurs du Mal sentent l'absinthe. Que
nenni ! Je l'ai cru moi aussi eh bien je me
trompais. Baudelaire sent la résine de pin.
C'est décevant mais c'est ainsi.
Le Livropathe
Aux professeurs
: Encore une belle occasion offerte aux jeunes de découvrir ou
de redécouvrir l'auteur belge Thierry Debroux qui signe ici une
pièce construite à la manière d'un thriller. L'humour
y côtoie l'étrange, le réel flirte avec le fantastique
entraînant le spectateur dans un jeu de piste vertigineux. Une
écriture efficace, une langue à la fois simple et métaphorique
pour aborder des thèmes essentiels : la transmission, la mémoire
et le souvenir, la pérennité des choses, le rapport au
temps et l'invitation au voyage que nous offrent la littérature
et
la vie.
Certains
esprits qui aiment le mystère veulent croire que les objets
conservent quelque chose des yeux qui les regardèrent, que les
monuments et les tableaux ne nous apparaissent que sous le voile sensible
que leur ont tissé l'amour et la contemplation de tant d'adorateurs,
pendant des siècles. Cette chimère deviendrait vraie s'ils
la transposaient dans le domaine de la seule réalité pour
chacun, dans le domaine de sa propre sensibilité. Oui, en ce
sens-là, en ce sens-là seulement (mais il est bien plus
grand), une chose que nous avons regardée autrefois, si nous
la revoyons, nous rapporte avec elle le regard que nous y avons posé,
toutes les images qui le remplissaient alors. C'est que les choses -
un livre sous sa couverture rouge comme les autres - sitôt qu'elles
sont perçues par nous, deviennent en nous quelque chose d'immatériel,
de même nature que toutes nos préoccupations ou nos sensations
de ce temps-là et se mêlent indissolublement à elles.
Tel nom lu dans un livre autrefois, contient entre ses syllabes le vent
rapide et le soleil brillant qu'il faisait quand nous le lisions. Dans
la moindre sensation apportée par le plus humble aliment, l'odeur
du café au lait, nous retrouvons cette vague espérance
d'un beau temps qui, si souvent, nous sourit, quand la journée
était encore intacte et pleine, dans l'incertitude du ciel matinal
; une lueur est un vase rempli de parfums, de sons, de moments ; d'humeurs
variées, de climats. De sorte que la littérature qui se
contente de "décrire les choses", d'en donner seulement
un misérable relevé de lignes et de surfaces, est celle
qui, tout en s'appelant réaliste, est la plus éloignée
de la réalité, celle qui nous appauvrit et nous attriste
le plus, car elle coupe brusquement toute communication de notre moi
présent avec le passé dont les choses gardaient l'essence
et l'avenir, où elles nous incitent à la goûter
de nouveau. C'est elle que l'art digne de ce nom doit exprimer, et,
s'il y échoue, on peut encore tirer de son impuissance un enseignement
(tandis qu'on n'en tire aucun des réussites du réalisme),
à savoir que cette essence est en partie subjective et incommunicable.
Marcel
Proust, Le Temps retrouvé
La densité éphémère
d'un parfum
J'ai hésité avant d'accepter de mettre
en scène " Le Livropathe ". Pas parce que je
n'aimais pas la pièce, mais parce qu'elle me faisait douter de
mes compétences ! Voilà un texte qui requiert des pouvoirs
d'illusionniste. A tel point qu'il ne faut pas trop en dire au spectateur
avant qu'il n'ait accepté de tomber lui-même dans le piège...
Un vieux bibliothécaire prénommé
Théo fait publier une petite annonce. Une jeune femme énigmatique
se présente au rendez-vous. Elle s'appelle Ava. Surgit un joker
: Victor. Entre ces trois-là va se jouer une étrange et
inquiétante partie de cache-cache dont l'issue est une énigme.
Ne tournons pas autour du pot, il ne s'agit rien
moins que d'un thriller fantastico-métaphysique. On pense au
cinéma d'Hitchcock ou d'Aménabar, à ces baraques
d'épouvantes qui devaient émailler le boulevard du crime,
au clair obscur des peintres flamands ou encore, plus près de
nous, à l'atmosphère envoûtante des romans de Jean
Ray.
En dépit de son nom, Théo n'est ni
un dieu, ni un héros. Il fait partie de ces êtres devant
lesquels on passe distraitement sans les voir. Pourtant c'est un maître.
Et il va mourir sans disciple. Y a-t-il plus déchirante tragédie
? Se sentir dépositaire d'un savoir voué à la disparition
et se trouver dans l'impossibilité de passer le relais.
Qui est ce Victor qui ressemble si fort à
son oncle Herman; celui qui brûlait des livres en 32 à
Berlin ? Il se distribue lui-même dans le rôle du remords.
Et cette mystérieuse jeune fille au nom
évocateur ? Que vient-elle annoncer au vieil homme ? Une fin
ou un commencement ?
Notre intime vérité, c'est
la littérature. Marcel Proust, cité
par William Cliff dans "Autobiographie"
Théo n'a trouvé personne qui ait
le don, comme lui, pour le remplacer dans son immense bibliothèque.
Ses livres vont disparaître. Et, avec eux, " c'est toute
la littérature qui disparaîtra ".
Sa " livropathie " n'est dépourvue
ni de signification, ni de pertinence. Mais elle l'a conduit à
se retirer de la compagnie des hommes. Il n'a pas reconnu l'amour quand
il s'est présenté à lui et il a manqué pour
toujours l'occasion d'être père. Double échec du
personnage, dans la mission qu'il s'était fixée et dans
sa vie.
Pourtant Thierry Debroux sauve ce vieux fou, malgré
ses erreurs, malgré ses faiblesses, par la grâce du livre.
Il l'inscrit dans le temps, transformant son échec en triomphe.
Il y a, au cur de la pièce, une scène
bouleversante où Théo fait respirer à Ava l'odeur
de Shakespeare. Au cours de cette séance d'initiation, elle va
pénétrer peu à peu le mystère de la lecture.
Ses sensations olfactives seront le point de départ d'un fabuleux
voyage dans l'espace et dans le temps. Sans bouger de sa chaise, elle
va pénétrer dans une chambre obscure - qui me fait penser
à celle du Philosophe de Rembrandt - où un homme, assis
comme elle, est en train d'écrire. Puis elle deviendra la main
même de l'écrivain. Et enfin surgira la figure légendaire
du vieux Lear, dépossédé de tout, hurlant son désespoir
sur la lande déserte. Les mains de l'initiateur, au terme du
voyage, se poseront sur les épaules de l'initiée, comme
celle de Lear, s'appuyant sur Cordélia pour ne pas trébucher
sur les cailloux de la route.
Dialoguer avec les ombres qui peuplent les livres...
N'est-ce pas ce que nous faisons tous les jours en pratiquant notre
merveilleux métier. N'est-ce pas sur ce chemin-là que
nous pouvons vous rejoindre, vous, spectateurs, dans l'intimité
de vos existences. Le poète l'a dit : " notre intime vérité,
c'est la littérature ".
La conscience de la mort qui nous distingue, en
tant qu'êtres humains, des autres créatures qui peuplent
le monde fait peut-être du geste de transmettre l'un des seuls
qui vaillent vraiment la peine d'être posés. Mais qu'est-ce
qui se transmet ? Les connaissances, bien sûr, mais aussi - et
peut-être surtout - l'expérience. Tant il est vrai que
l'essence des choses est ineffable et volatile comme une odeur. Cliff
écrit, dans " Autobiographie ", que " l'immémoriale
chaîne humaine est faite de parentale chair humaine, et non pas
d'idées d'école ".
Qu'est-ce qu'apprendre ? En français, ce
merveilleux mot peut se comprendre dans les deux sens : acquérir
des savoirs ou les transmettre. Nous savons tous que la frontière
entre l'enseignant et l'enseigné est heureusement fragile et
perméable... Tendre la main pour ne pas interrompre la chaîne.
Passer le témoin au suivant. Ne pas oublier. Privilégier
les liens, qui sont les seuls à vaincre le temps.
Cette aventure me tient à cur pour
une raison très intime. J'ai la joie d'y mettre en scène
mon maître, Pierre Laroche. J'ai été successivement
son élève, son assistant à la mise en scène
- " Il Pleut dans ma maison ", ma première rencontre
avec Paul Willems... - et enfin son chargé de cours au Conservatoire
de Bruxelles pendant six ans. Ce fut aussi le professeur de Benoît
Van Dorslaer. Il fête avec nous, cette saison, ses cinquante ans
de Rideau de Bruxelles...
Je suis moi-même, depuis, devenu enseignant.
Je ne peux pas décrire l'émotion que j'éprouve
devant l'image des mains de Pierre se posant sur les épaules
d'Anouchka, qui sort de ma classe et fait ses débuts au Rideau
dans ce rôle.
Je dois à Thierry Debroux de m'avoir
permis de poser ce geste important et lumineux. Il a cette inestimable
délicatesse d'aborder les thèmes graves avec une légèreté
qui leur donne la densité éphémère d'un
parfum.
Frédéric
Dussenne
Victor (
) Ah oui, j'oubliais,
il vous a parlé du bouquin ?
Ava Le bouquin ?
Victor Le truc là dans la vitrine.
Ava O
oui un peu.
Victor Surtout l'ouvrez pas. J'ai essayé il y a très longtemps
et j'ai failli devenir dingue. A votre place, je moisirais pas ici.
C'est pas un endroit pour vous. Il s'y passe de drôle de choses,
vous savez. Bon enfin moi ce que j'en dis
Allez à plus
tard.
Le Livropathe

©
Daniel Locus
Sans doute faut-il sauvegarder par tous les moyens le plaisir d'écouter
et de lire, une
des rares voluptés que l'humanité ait inventée
de toutes pièces.
Marc Soriano
La transmission d'un savoir
J'ai commencé ma vie comme je la finirai
sans doute: au milieu des livres. Dans le bureau de mon grand-père,
il y en avait partout; défense était faite de les épousseter
sauf une fois l'an, avant la rentrée d'octobre. Je ne savais
pas encore lire que, déjà, je les révérais,
ces pierres levées; droites ou penchées, serrées
comme des briques sur les rayons de la bibliothèque ou noblement
espacées en allées de menhirs, je sentais que la prospérité
de notre famille en dépendait. Elles se ressemblaient toutes,
je m'ébattais dans un minuscule sanctuaire, entouré de
monuments trapus, antiques qui m'avaient vu naître, qui me verraient
mourir et dont la permanence m'assurait un avenir aussi calme que le
passé. Je les touchais en cachette pour honorer mes mains de
leur poussière mais je ne savais trop qu'en faire et j'assistais
chaque jour à des cérémonies dont le sens m'échappait:
mon grand-père - si maladroit, d'habitude, que ma mère
lui boutonnait ses gants - maniait ces objets culturels avec une dextérité
d'officiant. Je l'ai vu mille fois se lever d'un air absent, faire le
tour de sa table, traverser la pièce en deux enjambées,
prendre un volume sans hésiter, sans se donner le temps de choisir,
le feuilleter en regagnant son fauteuil, par un mouvement combiné
du pouce et de l'index puis, à peine assis, l'ouvrir d'un coup
sec "à la bonne page" en le faisant craquer comme un
soulier. Quelquefois je m'approchais pour observer ces boîtes
qui se fendaient comme des huîtres et je découvrais la
nudité de leurs organes intérieurs, des feuilles blêmes
et moisies, légèrement boursouflées, couvertes
de veinules noires, qui buvaient l'encre et sentaient le champignon.
Jean-Paul
Sartre in "Les mots", Gallimard, 1964
Le
service pédagogique
| Tél. 32 (0)2.507.83.62
Christelle Colleaux | christelle.colleaux@rideaudebruxelles.be

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