Merci

Michael !

En ces heures de tâtonnements politiques face à la crise sanitaire, il est devenu bien difficile de retrouver la conscience d’une « mission » pour qui assume le rôle de diriger une société. Et pourtant, ce terme est désormais inséparable de l’immense tâche à laquelle Michael Delaunoy a répondu avec enthousiasme pendant près de treize années, restant toujours attaché à l’idée de limiter son mandat, et d’un jour céder la place.

À la suite de deux grands du Théâtre belge, Claude Etienne son fondateur, puis Jules-Henri Marchant, ce rôle de directeur du Rideau de Bruxelles était avant tout de porter une vision artistique, de mener une équipe, et de transmettre au public l’essentiel de cet art qui nous relie, celui de la scène.

Contre vents et marées, dans une période de nomadisme éprouvante, Michael a toujours mis en avant les artistes et les équipes qui font le théâtre. Il a une façon mystérieuse de faire émerger le beau là où on ne l’attend pas, même dans des moments difficiles. Ce fut encore le cas dans son dernier message au public, adressé lors de la générale de Muzungu, l’une des nombreuses œuvres théâtrales choisies et programmées par lui pour transmettre à travers le Rideau, un message d’engagement politique et social dans une forme artistique.

À l’issue de cette fragile et belle représentation, la mort dans l’âme, je me suis levé et, dans un discours opposé à tout ce qu’on est en droit d’attendre du théâtre, j’ai invité ces femmes, ces hommes, ces enfants, à quitter la salle, à quitter le théâtre, à disparaître dans la nuit d’automne… Je les ai – oui – je les ai chassés du théâtre. Et puis moi-même je suis parti. C’était ma dernière représentation au Rideau avant de quitter mes fonctions de directeur samedi prochain. Je ne l’avais pas imaginée comme ça. 

Les estuaires des fleuves sont souvent des passes difficiles à franchir, tant le cours d’eau et l’océan y perdent leur identité. Michael est dans le delta d’un fleuve où il a courageusement piloté le Rideau, tantôt coquille de noix, tantôt vaisseau et même paquebot, toujours avec énormément de générosité et d’humanité.

Le Conseil d’Administration et toute l’équipe du Rideau expriment à Michael toute leur gratitude et leur admiration pour la mission accomplie. Nous le remercions aussi d’avoir tout mis en œuvre pour transmettre dignement le flambeau à Cathy Min Jung, dans des circonstances pleines de promesses et d’espoirs.

Après ce long périple, nous lui souhaitons un nouveau point de départ d’où il pourra gagner d’autres horizons, réaliser d’autres mises en scène, révéler d’autres créations que son talent nous donnera heureusement la joie de découvrir.

Avec notre immense reconnaissance,

Le Conseil d’Administration et l’équipe du Rideau de Bruxelles